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Reiulf Ramstad, nouveau roi de l’architecture scandinave

Reiulf Ramstad, nouveau roi de l’architecture scandinave

Lifestyle
Agence de Paris
Posté le 28/11/18

Pour magnifier ses paysages lunaires, l'Etat norvégien a commissionné des architectes chargés de concevoir des édifices dans ces panoramas cinématographiques. Parmi eux, Reiulf Ramstad, exposé ce mois à Paris.

C’est une route merveilleuse, à flanc de montagne. La pente, raide, flirte avec les neuf pour cent. Elle commence par quelques menus tournants aussitôt prolongés par onze lacets très serrés – ce qui se fait de mieux dans le registre “virages en épingle”. Son nom : Trollstigen, ou – “route des Trolls” –, fameux tronçon de la route 63 qui se faufile au cœur de la Norvège, dans le comté de Møre og Romsdal. Si la probabilité de voir traverser devant son pare-brise l’un de ces légendaires esprits follets est quasi nulle, mieux vaut néanmoins ne pas quitter des yeux cette chaussée étroite : le ravin, lui, ne pardonne pas. Cette route, météo oblige, n’est ouverte en moyenne que cinq mois par an, entre juin et septembre. Lorsqu’elle parvient sur le plateau, elle ne franchit même pas les mille mètres d’altitude mais on se croirait pourtant en haute montagne, et le nom des sommets alentour ajoute encore à la grandeur du site. Il y a le Kongen (“le roi”), le Dronningen (“la reine”) ou le Bispen (“l’évêque”), sans oublier le Store Trolltind (“le plus haut”), culminant à 1 788 mètres. Un paysage à l’état brut.

Une fois sur le plateau (le Trollstigplatået), le visiteur découvre une étonnante succession de petites constructions contemporaines : un centre d’accueil, avec son restaurant et ses quelques refuges, ainsi que deux plateformes d’observation. Elles sont l’œuvre de l’architecte norvégien Reiulf Ramstad. Protégés des intempéries, les édifices de béton et de verre arborent des formes acérées, et pour cause : cela empêche la neige de stagner trop longtemps. Claires et nettes, les transitions entre les parties construites et le paysage naturel amplifient la singularité du lieu. Tout autour, les paysagistes de l’agence Multiconsult 13.3 ont déployé des bassins épousant au plus près la topographie. L’eau s’exhibe ainsi dans tous ses états : depuis la neige, statique, jusqu’à la cascade, en passant par l’eau courante. Une passerelle en zigzag conduit à la première plateforme d’observation permettant d’apprécier à sa juste valeur la cascade Stigfossen, qui plonge dans la vallée du haut de ses 320 mètres. Non loin, à une jonction, une flopée de marches descendent vers le second belvédère, plus spectaculaire, sorte de balcon oblong mi-béton, mi-acier Corten, littéralement en lévitation. Sous le porte-àfaux, un vide de 200 mètres. La vue sur la majestueuse vallée d’Isterdalen est à couper le souffle et invite à une communion avec le panorama. “Construire dans un tel environnement tout en le magnifiant relevait du tour de force, raconte Reiulf Ramstad. Le site est exceptionnel : déporté sur le vide de la vallée en contrebas, il s’inscrit dans un cirque naturel de toute beauté qui accueille, depuis longtemps, de nombreux Par Christian Simenc touristes. Je suis toujours estomaqué de voir comment les endroits les plus beaux sont détruits par la pression touristique. Aussi avais-je une seule idée en tête : rétablir une relation consciente entre la nature et les visiteurs, entre l’architecture et l’environnement.”

Bien au-delà du cercle polaire, le panorama, dans sa beauté stérile et inhospitalière, est presque lunaire, et le belvédère est la seule production humaine dans l’immensité du paysage.

À l’extrême nord de la Norvège cette fois, dans la région du Finnmark, l’architecte a également édifié un autre édicule d’observation qui, lui, flotte au ras de l’eau de la mer de Barents. Planté au bord de la route côtière 889, dans la baie de Selvika, l’étrange serpentin de béton descend moelleusement jusqu’à une minuscule plage de sable blanc. “Depuis le bord de la route jusqu’au rivage, jusqu’à cet endroit très spécial, l’objectif est d’augmenter l’expérience de la marche, et de la rendre unique, explique Reiulf Ramstad. Il s’agit d’amplifier les perceptions. C’est pourquoi l’une de nos préoccupations majeures était de ralentir le mouvement et de permettre, sur ce chemin lui-même, de se focaliser sur le but recherché : éprouver ce calme, ce rapport à l’infini qui aiguise la conscience.” Bien au-delà du cercle polaire, le panorama, dans sa beauté stérile et inhospitalière, est presque lunaire, et le belvédère est la seule production humaine dans l’immensité du paysage.

Ces réalisations de l’agence Reiulf Ramstad Arkitekter font partie d’un programme lancé il y a près de vingt-cinq ans par l’État norvégien. Objectif : mettre en valeur les paysages les plus spectaculaires du pays à travers des projets d’architecture modestes – belvédère, parking, aire de repos ou de pique-nique… De la mer du Nord à la mer de Barents, l’Administration a ainsi sélectionné 18 voies pour leur intérêt touristique et une cinquantaine de maîtres d’œuvre. La fine fleur de l’architecture contemporaine norvégienne a mis la main à la pâte : les agences Code, 3RW, 70°N ou Snøhetta, Todd Saunders et Tommie Wilhelmsen, Jan Olav Jensen et Børre Skodvin, Einar Jarmund et Håkon Vigsnæs, etc. Un étranger s’est glissé dans la liste, mais pas n’importe lequel : le Suisse Peter Zumthor, Pritzker Prize 2009. Depuis les premières constructions en 1997, de nouvelles sont inaugurées chaque année, comme, en mai, Ureddplassen par le duo Haugen/Zohar, sur la route de l’Helgelandskysten, ou, en juin, Bukkekjerka par l’agence Morfeus, sur une route d’Andøya. Telles des piqûres de rappel pour les touristes tête en l’air, les réalisations s’inscrivent comme des points d’exclamation dans le paysage. Le planning des travaux court jusqu’en 2020 pour, au total, 2 151 kilomètres de routes panoramiques “augmentées”.

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